« Il s’inspire, avec une égale dévotion, de la forme archétypale de la ferme rurale et de la figure classique des collèges du XIXe siècle »
TYPE
Equipement scolaire
CLIENT
DÉPARTEMENT DE LOIRE ATLANTIQUE
EQUIPE
K ARCHITECTURES
Aline ROYER architecte cheffe de projet concours et études, Florent STAELENS architecte chef de projet chantier
ZEPHYR (paysagiste)
BATISERF (structure)
SOLAB (fluides, HQE, acoustique)
BMF (économiste)
BEGC (cuisine)
SURFACE
6 700 m²
BUDGET
16,5 M€
PROGRAMME
24 divisions dont 1 ULIS et 1 SEGPA, cuisine centrale, salle de pratiques artistiques, 3 logements de fonction, espaces extérieurs végétalisés favorisant la biodiversité
SITE
Ville de Saint-Herblain
AVANCEMENT
Achevé en juillet 2025
CONTEXTE
Le Collège est bâti dans la Métropole de Nantes et plus exactement à Saint-Herblain. Son site se déploie à la jonction des quartiers du secteur Preux-Crèmetterie qui sont très hétéroclites et relativement clairsemés. Il forme une nouvelle centralité citoyenne et tisse de nouveaux liens urbains.
Mené en concertation avec les utilisateurs, le lieu est porté par un programme riche et ambitieux. Ici, l’inclusion, la mixité sociale, la culture et l’écologie sont des objectifs majeurs.
CONCEPT
Sa morphologie puise sa force dans la permanence de deux figures historiques et tutélaires. Elle s’inspire, avec une égale dévotion, de la forme archétypale de la ferme rurale et de la figure classique des collèges du XIXe siècle. Ces typologies iconiques, éprouvées par des générations, possèdent une vertu essentielle que notre époque a parfois oubliée : l’intelligence de l’espace clos commun.
De la ferme, le projet retient la sagesse de l’ancrage au sol, cette façon d’organiser la vie autour d’une cour nourricière et protectrice, où chaque bâtiment fait corps avec le paysage pour y puiser une forme d’autosuffisance sereine.
Du collège républicain, il hérite la clarté de la ligne, la stabilité institutionnelle qui rassure l’esprit, et cette monumentalité bienveillante qui sanctuarise le savoir.
Loin d’être de simples citations nostalgiques, ces formes enveloppantes sont ici réajustées à notre temps et mises au service d’un idéal moderne. En refermant le bâti pour créer un havre, l’architecture redécouvre une vertu sociale fondatrice : celle de rassembler, de lier les êtres et de pacifier les fonctions.
Sa configuration en « U », bras tendus vers le parvis public comme une invitation au partage et à la transmission, offre les contours protecteurs d’un édifice ouvert sur la ville. Elle manifeste à elle seule l’évidence de l’entrée principale du collège, l’accès unique au bien commun. Un grand portail reprend le profil archétypal du collège, réinterprète quelque part la symbolique du fronton républicain.
Le parvis public se prolonge visuellement dans l’enceinte et se mu en jardin. Cet espace accompagne la progression du public vers l’intime des espaces scolaires. Il est l’espace où l’on prend le temps de mesurer la consistance des lieux, tant en termes d’architecture que de symbolique. Une façade poreuse filtre encore les vues sur la cour centrale arborée dont on devine le paysage intérieur. Accessoirement, c’est en ce lieu que les sculptures de l’artiste Diem Phung Thi, qui forgeaient l’identité de l’ancien collège Ernest-Renan, ont été soigneusement déplacées et réinstallées sur le site comme des sentinelles, créant un pont mémoriel entre le passé et l’avenir de l’établissement.
Par soucis d’inclusion, l’architecture développe une esthétique homogène et loge les différentes entités pédagogiques dans une forme d’équité spatiale. Seule la salle de musique déroge à la règle commune. Elle s’affirme volontairement dès l’entrée comme un pavillon singulier dressé sur pilotis. Elle est reliée au groupe d’une simple passerelle qui traverse de grands chênes précieusement conservés. C’est une anomalie poétique dans la rigueur du plan. Sa silhouette, suspendue dans le vide, a pour rôle d’éveiller l’imaginaire, de matérialiser le mystère de l’Art et de célébrer, comme un manifeste visible par tous, la spécificité CHAM du collège.
MATÉRIALITÉ
C’est dans la « juste austérité » énoncée par le programme que le projet puise sa tension dramatique. Tout l’enjeu réside dans cet équilibre précaire entre la nécessaire gravité de l’institution et la douceur indispensable à l’enfance. De cette rigueur qualitative naît une architecture habitée, attentive au bien-être de chacun. Loin de s’effacer derrière la contrainte, le collège revendique une véritable générosité : celle des volumes amples et des matériaux choisis pour leur capacité à traverser le temps tout en caressant la lumière.
Face à la ville, le collège avance masqué derrière une sobriété minérale, presque pudique. Le rez-de-chaussée de béton brut se fait le socle immuable d’un étage vêtu d’ardoises en écailles, dont les reflets gris argentés captent et restituent les humeurs du ciel. Mais une fois le seuil franchi, le décor change dans un contraste saisissant, les façades intérieures qui sertissent la cour abandonnent la masse pour le bois. Portées par une trame rigoureuse, elles offrent le spectacle d’un cœur chaud, un refuge organique préservé du tumulte extérieur. Là, un péristyle aux poteaux de bois moisés escorte une galerie couverte, avant de s’évaser, au nord et au sud, en deux préaux protecteurs comme des bras ouverts.
PAYSAGE
Le Collège Ernest Renan restaure la nature en ville, tressant un dialogue secret entre le minéral et le vivant. Le paysage s’y découpe en une suite de pièces arborées, de véritables salons de verdure extérieurs qui se dessinent au gré des heures, des usages et des rituels de l’enfance. Jamais anecdotiques, toujours complices de l’architecture qu’elles frôlent, ces séquences paysagères nous immergent dans des atmosphères changeantes : ici l’ombrage propice à la confidence, là la clarté d’une prairie ouverte.
Ces fragments de nature entretiennent des liens intimes, presque charnels, avec la ville, estompant les frontières pour mieux faire entrer le lointain. Au cœur même de ce cadre de vie, le paysage devient une expérience sensorielle et pédagogique. Sur sa frange Est, aux abords des jardins pavillonnaires, le collège de retire pour faire un don au paysage. Il offre littéralement une vaste parcelle semi-humide au retour sauvage du vivant. Là, le temps ralentit, on laisse la flore spontanée reprendre ses droits et les saisons sculpter patiemment les volumes du sol. Au rythme des pluies, le dessin des noues hydrographiques retient l’eau, creuse des miroirs éphémères et invite les enfants à observer le spectacle changeant d’une nature qui s’invente elle-même. Le projet fait de la biodiversité non pas un décor, mais un habitant à part entière du lieu, un sanctuaire vivant où la faune et la flore seraient enfin respectés avec la plus clairvoyante des consciences.


































