« l’écrin »
TYPE
Equipement Culturel
CLIENT
LORIENT AGGLOMÉRATION
EQUIPE
K ARCHITECTURES
(architecte mandataire, Margaux ALEPEE Cheffe de Projet)
CHANGEMENT A VUE (scénographe)
EVP (structure)
AREA ETUDES NANTES (fluides, HQE)
ECALLARD ECONOMISTE (économiste)
ALTIA (acousticien)
OSMOSE (sols équestres)
ASCOT (opc)
SURFACE
1 464 m²
BUDGET
3,6M€ valeur 2020
PROGRAMME
halle de spectacles équestres,
piste d’évolution équestre de 19m de diamètre
à un rectangle de 39m x 20m
jauge de 700 places assises
Rénovation des ecuries
SITE
Hennebont
AVANCEMENT
CALENDRIER 2022/2025(livraison)
ENTREPRISES PRINCIPALES
charpente bois: GLC (GAUTHIER LAMELLÉ COLLÉ) glc@cmbp.f / serrurerie scénique, 2.44 / réseau et matériel scénique, SPECTACULAIRES / équipement équestre, CULAUD
Une Architecture de la Résonance
La nouvelle halle de spectacle équestre est bâtie dans l’une des deux cours du Haras National, la cour du Puits. L’édifice émerge à dix-sept mètres de hauteur et redéfinit avec audace l’horizon du site. Son épannelage altier s’élance au-delà des écuries napoléoniennes et cherche à faire écho aux grandes toitures d’ardoises qui couvrent ces longères séculaires. Dans ce contexte imprégné d’histoire, quasi sacré, nous avons écarté le geste anachronique contemporain. «Nous avons convoqué une écriture classique pour entrer en résonance avec l’âme du lieu»
Cette quête stylistique puise ses racines dans des archétypes pluriels : on y devine l’ombre des premiers cirques sédentaires, ces « stables » de bois disparus, autant que la silhouette pittoresque des halles du XVIIème siècle, de Questembert à Plouescat. Mais c’est Victor Baltard qui, par-delà les siècles, a remporté la joute des influences. Le marché Secrétan, l’une de ses œuvres les plus ciselées, a habité nos premières esquisses jusqu’à dominer la genèse du projet. L’édifice réinterprète le principe des lanterneaux successifs, conçus originellement pour magnifier la nef, exalter la ventilation naturelle et diffuser une clarté zénithale jusqu’au cœur battant de l’ouvrage. En perpétuant ce principe, le projet dilate le volume sous cintre et fragmente la volumétrie globale. «Un choix qui scande la toiture pour en dissiper la masse dans le paysage»
Dialogue temporel et lexique circassien
La peau de l’édifice engage un dialogue temporel à travers une matérialité délicatement nuancée. Les pans de toiture sont vêtus d’ardoises rectangulaires, vestiges de l’architecture napoléonienne, entrelacées d’ardoises arrondies au dessin plus contemporain. La modénature des versants devient une réinterprétation architecturale du lexique graphique circassien. Par ce jeu de triangulation, le toit perd sa rigidité pour évoquer davantage de fantaisie.
Une architecture de l’éphémère pérennisée
À l’intérieur, la charpente déploie l’ossature d’une voûte spectaculaire, créant un paysage intérieur dont la puissance structurelle évoque la majesté de la halle de Questembert. L’archétype du projet puise sa force dans la dualité des premiers édifices circassiens : il emprunte la forme stable des cirques sédentaires du XIXe siècle tout en héritant de l’intelligence constructive des structures « semi-stables ». Ces dernières, conçues pour l’itinérance, privilégiaient une logique de préfabrication et une rapidité de montage. Le système constructif est développé sur une base modulaire de 3 gabarits dupliqués en 4 exemplaires: des éléments de charpente usinés avec précision, assemblés sur site, garantissant une exécution fluide et une empreinte chantier maîtrisée.
La stratégie structurelle a été dictée par une volonté radicale : libérer intégralement de tout point porteur la halle d’une part, mais également 2 de ses 4 façades. Cette prouesse repose sur un système d’arches amoracant un dôme sur lequel est enchevétré une piramyde à redans. Les arcs sont herissés en escalier pour recevoir des poutres à treillis, lesquelles enjambent les façades d’un trait. Cette absence d’appuis intermédiaires permet à la piste de s’ouvrir en une transparence totale. Dès le franchissement de la cour des Puits depuis l’écurie d’Honneur, le regard traverse la halle pour offrir aux visiteurs une vision panoramique et frontale des écuries historiques, intégrant le spectacle équestre dans son écrin patrimonial.
Scénographie de l’ombre et de la lumière
L’enchantement du lieu ne s’arrête pas à sa silhouette extérieure, il se prolonge dans l’intimité du volume intérieur. Notre ligne de conduite fut de concevoir une structure peu prégnante en façade, mais mirifique sous voûte. Sous les feux tamisés de la scénographie, la charpente bois arquée plonge le public dans une atmosphère foraine et festive. Afin de magnifier ce « squelette » de bois, l’ensemble des ouvrages secondaires et des dispositifs techniques adopte une tonalité sombre et mate. Ce traitement en clair-obscur permet d’effacer l’enveloppe au profit de la structure mise en scène, dont les courbes soulignées par la lumière confèrent au lieu l’ambiance intimiste requise par la rencontre artistique.
Enfin, la flexibilité du lieu s’exprime par sa façade escamotable. Entre les représentations, la paroi coulisse par pans entiers pour disparaître derrière de fins trumeaux fixes, abolissant la frontière entre la piste et le Haras, et rendant la halle à son environnement comme un simple pavillon ouvert sur l’histoire.
Enveloppe de bois et de lumière, entre usage et pérennité
Les façades qui sertissent la cour du Puits déploient une modénature de bois à la trame rigoureuse, offrant depuis l’intérieur l’image d’un cœur chaud et protecteur. Le revêtement, composé de panneaux de bois crénelés horizontalement, instaure un dialogue graphique avec la légèreté des persiennes qui ferment les redans des toitures.
Ce dispositif enchaine deux anneaux lumineux doublé de ventelles en bois orientables qui tamisent la lumière naturelle pour la diffuser avec douceur au cœur de l’arène.
En journée, la clarté vient frapper les arcs de plein fouet et illumine la complexité des treillis bois, révélant ainsi toute la puissance du squelette architectural depuis la piste.
Au-delà de sa fonction esthétique, cette strate haute constitue le poumon du projet. Véritable organe de ventilation naturelle. Les ventelles permettent une régulation fine des flux d’air tout en travaillant comme des abat-sons indispensable à la sérénité du site lors des représentations équestres. En s’ouvrant vers le ciel, ces anneaux complètent magistralement le dispositif de « cheminée thermique » initié par Victor Baltard, assurant ainsi un confort climatique passif et pérenne à l’ensemble de la halle.
La Grande Halle a été conçue sous l’influence des belles formes du XVIIème au XIXème siècle, mais aussi sous la rigueur de la conscience environnementale d’aujourd’hui. Les matériaux qui la constituent sont pour l’essentiel biosourcés (le bois) et géosourcés (l’ardoise). À la fois massif et léger, le langage architectural exprime l’infinie nécessité de bâtir désormais des bâtiments simples et robustes. Ce projet se définit comme une architecture consciencieuse, nécessairement fonctionnelle et délicatement composée par une approche esthétique tournée vers le patrimoine.






































