K_environnement
Nous sommes convaincus que le patrimoine global de la biosphère subit un processus de dégradation grave et sans précédent. L’architecture comme toute activité humaine doit évoluer d’urgence pour inverser cette tendance et nos travaux cherchent à réduire l’empreinte écologique de nos bâtiments. Néanmoins, nous ne sommes pas dupes des fausses bonnes solutions qui fleurissent à tout bout de champ et que nous nommons poliment le “green bling”.
Depuis l’avènement du label HQE, le monde du bâtiment porte une grande partie du « devoir d’effort de paix” que l’humanité doit témoigner à l’environnement.
L’agence K-architectures consacre beaucoup de ferveur à cette cause en participant au développement de tous les grands principes architecturaux des bâtiments dits « verts » (comprendre: « attaché à la qualité de l’environnement et capable de réduire de manière significative son empreinte écologique »).
L’agence K-architectures a conçu son premier bâtiment « vert » en 1996. Il s’agissait d’un îlot urbain mêlant logements de standing, logements sociaux et plateaux d’activités autour d’une cour jardin dédiée à la biodiversité urbaine, à la qualité de l’environnement et à la régulation bioclimatique. Cette démarche était spontanée et volontaire et ne suivait pas de réglementation précise. Les normes HQE étaient encore très confidentielles et méconnues.
Les 14 cibles formalisées par l’association HQE constituent un moyen efficace pour atteindre les objectifs environnementaux d’un maître d’ouvrage.
Néanmoins, cette démarche, qui a le mérite d’avoir établi un large consensus face à l’amélioration du cadre de vie et de l’économie d’énergie, reste une approche parmi d’autres.
L’agence K-architectures peut s’appuyer sur cette trame mais peut aussi, selon le cas, s’en affranchir pour développer en concertation avec son maître d’ouvrage, d’autres critères et d’autres priorités environnementales comme ceux visés par le label Habitat&Environnement ( voir projet DOX).
La démarche environnementale de l’agence K-architectures, réside essentiellement sur les notions de modération et de frugalité.
« Consommer moins et mieux » est une formule qui fait office d’adage dans toutes conceptions de l’équipe. Du reste, cette formule rassemble, à notre sens, à peu près toutes les solutions aux maux de notre civilisation et semble récurrente dans les définitions de la « croissance verte ».
Cette frugalité est appliquée de manière simultanée sur quatre domaines de consommation.
La consommation de matières
Elle consiste à compacter les bâtiments pour limiter les surfaces d’enveloppe, à optimiser leurs structures, à choisir des matériaux réutilisables ou du moins facile à recycler et à concevoir des bâtiments reconvertibles.
La consommation d’énergie primaire
Elle consiste à optimiser l’isolation et l’inertie thermique des bâtiments, à jouer sur les facteurs bioclimatiques et à utiliser des systèmes de production ou de transformation d’énergie simples et performants.
La consommation de moyens
Il s’agit de choisir des systèmes de mise en œuvre, des matériaux et des équipements en fonction de leur bilan « énergie grise » supposés ou classés par les normes NF P 01-010 et plus généralement à la norme ISO 14044.
La consommation d’espace et de biotope
Il s’agit cette fois de limiter l’impact direct du bâtiment sur l’environnement en recouvrant un minimum de territoire et a fortiori si celui-ci est encore naturel. Comme pour l’énergie primaire, l’architecture peut compenser sa consommation d’espace naturel par la création de biotope. Par exemple, le projet VAL intègre, dans ses façades et sur ses couvertures, de véritables supports à la biodiversité.
Il est nécessaire d’appeler à une lecture sensible et enchantée des enjeux environnementaux. « Redonner la conscience et surtout le plaisir de la nature » paraît indissociable de l’approche technique. L’écosystème fait partie de la magie de la vie et comme toute magie, elle fascine et enchante. Ainsi, il semble urgent de consacrer une grande part des efforts environnementaux à la restauration de la biodiversité et d’adhérer aux programmes tournés vers la définition d’une nouvelle « urbanité écologique ».
Réunir une large équipe de partenaires pour déployer un champ de compétences techniques global ne suffit pas.
l’environnement ne se limite pas à l’aspect technique, il s’agit d’élaborer une véritable esthétique de la conscience environnementale.
La forme, la matière et le vivant sont les trois champs principaux de l’esthétique “verte”.
La forme tente d’exprimer la sobriété en s’appuyant sur le minimalisme tout en cherchant à évoquer un romantisme, voire une fantasmagorie qui, inscrite dans la mémoire collective, serait capable d’opérer un lien spontané avec notre patrimoine naturel.
La matière tente d’exprimer un aspect intemporel et si possible, un lien direct avec son contexte. Elle est utilisée le plus souvent dans sa réalité brute et dépouillée. Elle est choisie pour ses qualités pérennes, autopatinables et sa capacité à se passer d’entretien voire, à s’anoblir avec le temps comme du bon vin. Ainsi, notre architecture privilégie des matériaux issus de filières locales à faible empreinte écologique et utilisables esthétiquement dans leur aspect brut.
La vie, pour ne pas dire l’écosystème, est à la fois la composante esthétique la plus improbable et la plus évidente. Improbable parce qu’il est pour le moins incongru d’utiliser la vie comme un élément esthétiquement manipulable et évidente parce la nature développe une esthétique intrinsèque des plus sublimes. Il s’agit donc d’inviter avec humilité et diligence la nature à réinvestir l’espace urbanisé en évitant soigneusement de la considérer comme un simple élément d’agrément.
Effet de serre, effet venturi, puits canadien, géothermie, échangeur air/eau, évapotranspiration, autant de solutions bioclimatiques passives ou actives dont il faut étudier systématiquement la pertinence.
Lorsqu’un ou plusieurs de ces systèmes sont retenus, ils sont intégrés à l’esthétique générale du bâtiment pour en affirmer de manière didactique leur utilité.
Néanmoins, ces solutions sont volontairement placées au rang de simples compléments pour éviter de réduire l’approche environnementale au couple performances thermiques/bilan carbone des bâtiments et, in fine, d’abandonner l’environnement au seul contrôle « techniciste » des flux d’énergies et de matières.
Il n’est pas toujours utile de faire appel à des équipements trop sophistiqués tels que les générateurs d’énergies renouvelables. Lorsqu’ils sont utilisés, comme pour le projet LYB ci-dessous, c’est toujours dans un processus de continuité architecturale. En d’autres termes, l’équipement technique ne pourrait pas fonctionner sans dispositif architectural.
Il est prudent de se tenir à distance de la technicité pour deux raisons. La première parce que fâcheusement, aucun système n’a prouvé que le bilan global de son empreinte écologique constitue un progrès réel vers la préservation des ressources globales. La deuxième parce que les retours sur expériences démontrent que la majorités des installations à petite échelle ne génèrent que peu d’énergie et qu’en revanche, elle coûte très cher en terme d’entretien et de gestion technique.
L’isolation et la frugalité reste le meilleur moyen de préserver des chances d’atteindre le facteur 4 du protocole de Kyoto comme la limitation de l’énergies grise s’impose comme le facteur majeur de la préservation de l’environnement.
En fait, l’énergie grise contenue dans un bâtiment peut représenter l’équivalent d’une vie de consommation d’énergie primaire nécessaire à son chauffage et à l’alimentation de ses équipements électriques.
Le choix des techniques de mise en œuvre et des matériaux utilisés, bien que moins spectaculaires à communiquer pour un maître d’ouvrage, sont des sources d’économies d’énergie grise souvent plus efficaces en terme d’empreinte écologique que la multiplication des équipements techniques voire, technologiques.
A titre de comparaison caricaturée, un bâtiment équipé de manière rustique, édifié essentiellement en pierre, en bois et en terre cuite de « site », utilise largement moins de ressource globale au cours de sa vie (de sa conception à son démantèlement) qu’un bâtiment BBC « high tech » fait de produits industriels dont les ACV ou écobilan sont trop souvent médiocres voire, en totale contradiction avec la cause qu’ils sont sensé défendre.
A titre d’exemple précis, le coût énergétique du cycle de vie d’une menuiserie triple vitrage faiblement émissive est supérieur de 50 à 100 % à celui d’un double vitrage. Pourtant, ils sont largement préconisés dans le cadre d’opérations dites « vertes ».
En fait, nombre de bâtiments estampillés « énergie zéro « , voire « énergie positive « , constituent des tromperies en terme de préservation de ressources auxquelles cette nouvelle décennie ne se fera pas prendre.








