«… A chaque projet correspond un récit fondé sur la rencontre avec un lieu, un site, un territoire. De matière générale, notre architecture est faite d’histoires prélevées ou inventées in situ. Une fois réalisés, nous espérons que ces lieux nourrissent l’imaginaire de tout un chacun ».
Karine Herman et Jérôme Sigwalt,
 
Parvenir à l’épure » est le souhait de Karine Herman et Jérôme Sigwalt, co-fondateurs de l’agence K-architectures en 2000. Par épure, ces architectes n’entendent ni le mode de représentation ni même un dessin minimaliste. Ce n’est pas tant le dépouillement d’un trait qui les fascine que son épaisseur ou encore son évidence. Voir ces architectures pragmatiques, parfois industrielles ou militaires, souvent semi-vernaculaires, « où il n’y a rien à ôter ou à ajouter pour ressentir la grâce de l’œuvre ». Les associés de K-architectures sont donc en quête d’émotion sans fard. De fait, la matérialité est l’un des principaux enjeux des projets.
 
 
 

 
 
 
S’ils ne préjugent d’aucune matière, Karine Herman et Jérôme Sigwalt ont néanmoins un faible pour celles qui permettent de travailler la masse et de défier le temps. « On se dit qu’un édifice doit faire sens durant des siècles, y compris à l’état de ruines ». Le théâtre de Saint-Nazaire, monolithe de béton engravé par endroits, fait partie de ces projets leur ayant offert un début « d’apaisement ». « Eternels insatisfaits », Karine Herman et Jérôme Sigwalt savent que l’épure telle qu’ils l’entendent s’obtient à la force de l’expérience. « On n’apprend pas à être architecte ; on le devient au fur et à mesure des projets », soutient-elle. « On n’atteint pas la grâce avec le seul talent d’auteur. Il faut aussi sans cesse déjouer les lourdeurs d’une discipline toujours plus contrainte et défendre le goût du bel ouvrage », ajoute-t-il. L’effort requis ne les a jamais détournés d’une voie toute choisie. Aussi loin qu’elle s’en souvienne, Karine Herman a toujours associé le bonheur « au plaisir des lieux ». De là à devenir artisan de leur génie, il n’y avait qu’une profession. Quant à Jérôme Sigwalt, un grand-père et un arrière-grand-père architectes ne furent pas étrangers à son attrait pour « le premier des arts majeurs ». Alors, quand ils se rencontrent à l’ENSA Montpellier durant leurs études, ce n’est pas en dilettantes. Ils décident, avec d’autres comparses, de monter un groupe, K-architectures, comme d’aucuns montent des groupes de rock. A l’origine, la lettre est un sigle usé inscrit sur un wagon de train qu’ils découvrent lors d’un repérage sur une friche ferroviaire callée entre docks, ville, étang et mer à Sète. A l’époque des idéaux fougueux, le groupe avait trouvé dans ce K son nom de code et son logo. L’équipe enchaîne les concours d’idées et collectionne les succès d’estime avant de remporter l’Europan. Le projet nommé ‘zone B’ fait « le tube de l’été » qui suit dans la presse architecturale européenne et, à cette occasion, Karine Herman et Jérôme Sigwalt s’installent à Paris au cœur du 16e arrondissement, dans un hôtel particulier. Abandonné depuis une décennie, le bâtiment est dépourvu de chauffage et d’eau courante. Les deux architectes s’amusent à dire qu’ils ont ainsi appliqué, avant l’heure et deux ans durant, le protocole de Kyoto, en compensant l’exubérante empreinte écologique de leurs voisins. L’air de rien, l’épisode a bel et bien orienté leur démarche environnementale autour de la notion de frugalité. Au cours de l’année 2001, les travaux de l’agence sont exposés au Pavillon de l’Arsenal à Paris. En 2002, K-architectures conduit l’équipe ‘Dune Museum’ en phase finale du concours international pour la maîtrise d’œuvre du futur Grand Egyptian Museum. En 2004, Karine Herman est lauréate des AJAP (Albums des jeunes architectes et paysagistes) et partie des travaux de l’agence est exposée au Palais de la Porte Dorée. Depuis 2005, les associés de K-architectures et leur équipe multiplient les projets de tailles et de programmes variés: logements, équipements publics à vocation culturelle (théâtre, médiathèque) ou pédagogique (collège, école) inscrits dans des sites urbains, ruraux ou encore classés au patrimoine. Quelques-uns sont dores et déjà réalisés ou en cours d’achèvement, tels l’extension du théâtre de Roubaix, l’école de musique du Pays Granvillais, le théâtre de Saint-Nazaire, la médiathèque du Kremlin-Bicêtre, le Centre de conservation et d’études archéologiques de Soissons et une résidence universitaire à Bordeaux. Par ailleurs, l’agence poursuit une activité de recherche sur la ville à travers le projet prospectif ‘Globalia’ qui consiste à étendre l’urbanité des villes le long des grandes voies de communication historiques plutôt que d’étaler leurs périphéries. «A chaque projet correspond un récit fondé sur la rencontre avec un lieu, un site, un territoire. De matière générale, notre architecture est faite d’histoires prélevées ou inventées in situ. Une fois réalisés, nous espérons que ces lieux nourrissent l’imaginaire de tout un chacun ». Malgré une activité toute franco-française, les associés de K-architectures comptent bien transposer tôt ou tard ces principes à l’étranger. Pour l’heure, ils ne se lassent pas de la diversité des contextes nationaux. Entre un site hétéroclite et un éco-quartier tracé ex nihilo par des logiques socio-économiques, leur préférence va au premier. Peu importe l’harmonie, tant que le contexte est éloquent. Ainsi, le monolithe de béton du théâtre de Saint-Nazaire fait écho à un univers industriel apparemment disgracieux, en fait un monde peuplé de références, dont l’imposante base sous-marine de la ville. A Granville, la volumétrie de l’école de musique réinterprète un vocabulaire rural. A Bordeaux, les architectes ont choisi de répartir 236 logements dans trois édifices différents plutôt qu’au sein d’un unique bâtiment, en écho aux fragmentations alentours. Le budget non plus n’est pas étranger au résultat. Parce qu’ils savent « contenir » une enveloppe et l’assume sans détours, Karine Herman et Jérôme Sigwalt aboutissent parfois à des projets radicaux, par exemple le cinéma de Montbrison, sobre trait de béton simplement ponctué par une signalétique… en béton. Bref, le fil rouge parcourant la production de K-architectures n’est pas à chercher dans une écriture doctrinale et encore moins dans une tendance architecturale. Ici, l’épaisseur du trait est affaire d’histoires stratifiées. Jamais gratuite, la forme est issue d’une quête de sens ou, tout simplement, d’un tracé au nu de la fonction. Ou quand l’architecture se fait franche en attendant l’ultime épure. Déjà, des moments d’émotion.