ZER, théâtre de Saint-Nazaire
publié par Luc Vieri on blog-habitat-durable:
» Contemporain, le ZER de Saint-Nazaire ou le béton est souverain …
Voilà plus de seize mois que les travaux du Théâtre ont débuté. Le gros œuvre est réalisé, au total 6500 m3 de béton coulé laissant dévoilé les premières élévations de façades aux motifs baroques, tantôt engravés, parfois traversant, permettant ainsi au foyer d’être éclairé naturellement. Les façades arrière, quant à elles, seront recouvertes d’un bardage en châtaignier.
Le site de ce théâtre a connu une époque flamboyante. C’était une gare ferroviaire des plus mondaines qui accueillait les riches passagers des navires transatlantiques. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, l’ennemi bâtira une base sous-marine à proximité. Ce bunker géant sera prit pour cible par les alliés et leur bombardement sera tellement massif qu’ils ruineront les deux tiers de la ville.
Depuis mars 2010, le site de l’ancienne gare de la Ville de Saint-Nazaire est en pleine ébullition. Les travaux du nouveau théâtre, qui abritera d’ici le printemps 2012, le Fanal – scène nationale, battent leur plein. Outil majeur de la politique culturelle de Saint-Nazaire, ce nouveau lieu contribuera activement à l’animation de la vie locale, en s’intégrant notamment dans le projet “Ville Port”. L’agence K-architectures a été retenue pour son originalité avec son projet ZER qui met le béton au cœur de la construction…
La Ville a souhaité construire un bâtiment d’exception pour accueillir le Fanal et son projet artistique, avec une programmation de plus de quarante spectacles chaque année. 4.000 m2 consacrés au spectacle vivant seront dotés d’une première salle de près de 850 places assises, d’une autre dédiée à la création, d’un foyer et de loges pour les artistes, ainsi que de locaux administratifs et techniques.
Au-delà de sa dimension culturelle, il faut également rappeler que le futur Théâtre est une des pierres angulaires du projet “Ville Port”, un travail important mené depuis 1994 par la Municipalité conjuguant rénovation urbaine et mise en valeur du secteur portuaire. Des enjeux notables pour la Ville qui a, pour cela, retenu l’étude originale de l’agence K-architectures, intitulée ZER.
Implanté au cœur de l’ancienne gare ferroviaire et de la base sous-marine, le projet du Théâtre a dû relever le défi de concilier une architecture du second Empire et un parti pris résolument contemporain, notamment par l’utilisation du béton.
Dans le cadre de cette réalisation, le béton incarne sans conteste le symbole de la création du XXIe siècle. Ainsi, Karine Herman et Jérôme Sigwalt, architectes associés, ont placé ce matériau au cœur de leur étude. « Le béton est élevé ici au rang de matériau ultime et souverain. Son aspect passera du lisse au ciselé. Utilisant la technique du béton matricé, il s’engravera par endroit d’un motif baroque le marquant ainsi d’une empreinte raffinée qui le liera au classicisme de la gare et des théâtres romantiques. »
Une esthétique originale qui valorise le matériau béton, à même de répondre à des enjeux esthétiques et techniques de taille. Le ciment CEM II 42.5R CE PM-CP2 NF produit à l’usine Ciments Calcia d’Airvault s’est tout de suite imposé au vu des contraintes environnementales liées à la proximité de l’océan. En effet, ce ciment “prise mer” protège la façade de l’attaque des sulfates contenus dans l’atmosphère marine.
« Le hall, lui, est conçu comme une entité neutre, tissant un lien fluide entre intérieur et extérieur. Il se glisse discrètement dans une écriture minimale entre le théâtre et le frontispice de la gare qui abrite une partie des espaces d’accueil. Sa toiture terrasse, accessible aux heures d’ouverture, s’étend en passerelle vers le deuxième pavillon pour une complicité future. Elle surplombe la Place des Frères Péreire et peut être le support de dispositifs scénographiques extérieurs. À l’approche de la salle, le hall prend le statut de foyer et se développe de manière monumentale sur toute la hauteur de l’édifice. Des escaliers protocolaires s’y élèvent dans un élan Piranésien et annoncent l’échelle de la grande salle qu’ils desservent.
La salle est façonnée par son rapport frontal. L’ambiance cultive une complicité entre l’expression globale brute de l’édifice – comme des cages de scènes – et l’univers feutré de velours rouge des salles classiques. La salle de création est sobre et minérale, comme creusée dans le roc d’une carrière. Les textiles épais et généreux des fauteuils sont les seules concessions au confort. Ce rapport est volontairement contrasté pour susciter un lien quasi dramaturgique entre la salle et les spectateurs pendant les minutes qui précèdent le spectacle.
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L’entrée du site est cadrée par deux pavillons murés et voilés. Ces deux fantômes en pierre, liés d’une arcade, sont les vestiges de la gare. Ces deux sentinelles immuables cadrent une absence troublante. Cette absence est le vestige par le vide de l’ancienne halle de verre. L’émotion qui s’en dégage est palpable et ces vestiges fondent le théâtre.
Le vide demeurera le vecteur principal de l’histoire du lieu. Quant aux deux pavillons, ils marqueront le frontispice de ce nouveau lieu de culture, mais ils conserveront leur indépendance et leur intégrité.
- Un édifice sous influence
Le théâtre puise sa matière et son langage dans son environnement immédiat. Il empreinte sa masse minérale monolithique au bunker géant et sa forme épannelée est issue des architectures industrielles voisines.
Côté mise en œuvre, l’entreprise Savoie Frères, forte de son savoir-faire a réalisé un travail exemplaire requérant de grandes précautions. En effet, la façade composée de panneaux préfabriqués décoratifs pleins et ajourés représentant un jeu de scène néobaroque a été réalisée à partir du CEM II 42,5 R PM d’Airvault, alors que les voiles pleins ont été coulés en place avec le béton autoplaçant Isytecvoil d’Unibéton à partir du même ciment. La difficulté résidait dans la préservation de l’homogénéité de la teinte et de l’aspect du béton de la façade, malgré les conditions climatiques peu favorables lors de cette phase de travaux.
Outre la technicité requise pour réaliser ce type d’ouvrage, l’entreprise Savoie Frères s’est appuyée sur les compétences de son usine de préfabrication pour élaborer un prototype alliant ingénierie et finesse dont le résultat est particulièrement esthétique.
Ce chantier important s’est illustré par des moyens logistiques particuliers comme l’acheminement par voie d’eau des 7.700 tonnes de granulats fournies par GSM depuis sa carrière de Missilac (44). Au total, la construction du Théâtre de Saint-Nazaire a nécessité 1.400 tonnes de ciment issues de l’usine Ciments Calcia d’Airvault (79) sans oublier les 1.100 m3 de béton produits par la centrale Unibéton de Saint-Michel-Chef- Chef (44), essentiellement destinés aux façades architectoniques.
La salle accueille 900 places. Le parterre, d’un seul tenant, offre une capacité d’environ 550 places confortables, dont 110 places en gradin de fosse rétractable, permettant l’installation d’une fosse d’orchestre. Un balcon enveloppant la salle de part et d’autre offre une capacité complémentaire de 350 places assises.
La disposition positionne ainsi le spectateur au cœur de la salle. L’expérience montre que dans cette configuration, le spectateur a davantage le sentiment d’être au cœur du spectacle, et l’intérêt est plus vif.
Le pôle de création et notamment les loges sont localisés derrière l’arrière scène et sont répartis autour d’un patio privé.
Les locaux techniques sont répartis autour de l’aire de livraison qui est située à l’extrémité nord de l’équipement et donne accès direct à l’arrière scène et aux ateliers du pôle de création. Ses accès techniques seront organisés à partir d’une ancienne emprise industrielle libérée.
K-architectures
Créée en 1993, par Karine Herman et Jérôme Sigwalt, l’agence K-architectures a été remarquée très tôt à travers différents concours d’idées de niveau international. Depuis 2005, les architectes multiplient les projets de taille et de programme variés : logements, équipements publics à vocation culturelle (théâtre, médiathèque) ou pédagogique (collège, école) inscrits dans des sites très urbains, ruraux ou encore classés au patrimoine. Parallèlement, K-architectures s’inscrit dans une démarche environnementale. Selon l’agence, l’architecture comme toute activité humaine doit évoluer afin de réduire l’empreinte écologique des bâtiments.
Le chantier…
■ Maître d’ouvrage : Ville de Saint-Nazaire
■ Maître d’œuvre : K-architectures
■ Entreprise Gros œuvre – clos couvert : Savoie Frères (37 Chambray-les-Tours)
■ Entreprise de préfabrication : Savoie Frères (37 Chambray-les-Tours)
■ Durée du chantier : 26 mois
■ Livraison : Mai 2012















