ICE
Salle de Spectacle + médiathèque
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Isbergues, mai 2016
Une fin d’après-midi douce et ensoleillée, Marie se rend chez son amie Nicole à Berguette. Elle habite rue Léon Blum et approche du « châteaux », c’est le surnom que les jeunes ont donné au Pôle Multiculturel d’Isbergues Berguette et Molinghem bâti il y à 5 ans. C’est vrai qu’il ressemble un peu à un château avec ses quatre tours. Elle se souvient qu’à la présentation du projet à la Mairie, les architectes avaient parlé d’un édifice contemporain capable de renvoyer à des images familières voire, à l’imaginaire fantasmagorique de chacun (1). Des fois, quand elle promène son chien certains matins d’hiver, le soleil se lève juste derrière le « château » et elle trouve qu’il est comme allumé d’une grande lumière intérieure. C’est peut-être parce qu’il n’est pas fait avec des murs comme les autres bâtiments. On dirait qu’il est enveloppé d’une résille qui le rend plus léger et un petit peu irréel (2). Il n’a pas non plus de fenêtres comme les autres ou du moins elles ne sont pas évidentes. Elles paraissent d’avantage comme des transparences plus prononcées que comme des vraies fenêtres. De l’extérieure, on dirait presqu’il n’y en a pas. Pourtant, de l’intérieur c’est tout le contraire, surtout dans la médiathèque tout en haut. Là, on dirait qu’il n’y a pas de mur. On voit partout autour jusqu’à l’horizon comme dans un restaurant panoramique. Et c’est vraiment lumineux, mais c’est doux, la lumière est tamisée par la résille.
Marie quitte maintenant la rue Léon Blum, elle empreinte le ponton de bois qui longe le château jusqu’à enjamber la petite rivière. Là, c’est déjà la nature (3), le près est fauché par bandes intermittentes quatre fois par an et une grande partie du terrain est laissé sauvage. Certains, les jamais contents, trouvent que ça fait sale toutes ces « mauvaises » herbes autour du « château ». Marie elle, comme beaucoup, trouve ça beau ces roseaux sauvages qui ondulent doucement avec le vent. Quand elle est là, elle a l’impression d’être déjà loin de la ville, c’est agréable et il paraît qu’on peut y voir beaucoup d’espèces d’animaux, bien plus que dans un parc « paysagé ». A la présentation, les architectes avaient expliqué que pour eux, c’était une priorité de préserver le site naturel comme il était avant. C’est pour ça qu’ils ont eu l’idée de mettre la médiathèque « sur » la salle de spectacle. Pour économiser le terrain, pour une « empreinte écologique minimale » ils disaient (4). Mais ça, la médiathèque en haut, ça plait beaucoup, surtout à Julie, la petite fille de Marie et à tous ses camarades de classe. Julie adore quand sa maîtresse les amène à la médiathèque. Elle dit que ça l’amuse beaucoup déjà quand ils montent tous les escaliers dans l’immense hall du « château ». Elle dit que c’est comme dans une grande église. Ensuite, dans la médiathèque, là-haut, elle dit que c’est comme dans un nuage dans le ciel et qu’elle peut voir toute la ville, son école et même sa maison.
Les architectes ont dit, à propos de la médiathèque, qu’ils voulaient que les gens y vivent un instant suspendu dans l’espace et dans le temps. Qu’ils avaient imaginé un espace fluide et ouvert tout en offrant des alcôves aux ambiances plus intimes qui correspondent aux tours et surtout, un patio central où l’on peu lire l’été comme dans un jardin.
Marie passe maintenant sur la petite rivière et s’arrête un moment pour observer les oiseaux. Les architectes ont insisté pour aménager une large bande sauvage le long du cours d’eau pour favoriser la biodiversité. Effectivement, du petit pont, Marie peu voir des colverts et des poules d’eau prospérer. Elle a même vu plusieurs fois des hérons pourpré et on dit que les plus patients y voient des martins pécheurs. Marie continue son chemin vers la rue Guynemer et se trouve maintenant au milieu du parc. Un beau parc que la mairie aménage progressivement dans un style sobre et écologique. Des clôtures mobiles offrent des aires de pâturages à des moutons et à quelques vaches qui remplacent astucieusement les tondeuses. Tout autour, le parc est bordé de pavillons et de jardins « ouvriers ». Des arbres issus de la forêt primaire ont été réimplantés et dans cent ans, les petits-enfants de Julie pourront gambader sous des chênes somptueux. Marie se retourne vers le « château » et se dit qu’il va bien dans le paysage ce bâtiment. Elle se dit qu’il lui semble qu’il a toujours été là. À travers les vitres de la médiathèque, un message lumineux défile et annonce aux environs le spectacle qui se joue samedi prochain dans la grande salle. Les architectes l’ont voulu simple, neutre et fonctionnelle. C’est le spectacle qui fait la salle et non pas l’inverse avaient-ils dit. Les parois et les équipements sont sombres. Seuls les sièges rouges « théâtre » tranchent avec une ambiance de pénombre feutrée. Les acousticiens ont opté pour une acoustique variable et, couplée aux équipements scénographiques, le lieu peut accueillir des formes très variées de spectacle vivant. Aux entractes, le hall, plus vaste que prévu initialement, peut contenir tous les spectateurs dans un bon niveau de confort. Sa grande hauteur sous plafond lui donne de la solennité et un grand lustre central lui donne même des airs de foyer du Palais Garnier. Couplé à la salle multifonction qui peut s’y ouvrir intégralement, il peut accueillir de grandes réceptions. Au plafond du hall, un grand plancher de verre dévoile l’espace d’accueil de la médiathèque. Cette mise en scène invite et oriente sans équivoque les visiteurs qui ne connaissent pas encore le « château ». Ainsi, on comprend tout de suite que le grand escalier mène à la médiathèque. Escalier dont les vastes paliers, d’ailleurs, ajoutent des sortes de balcons au hall et permet d’augmenter la surface d’accroche des murs pour les expositions.
Préservation des ressources et du vivant de la planète
Passé cette approche du contenu architectural romantique mais néanmoins essentiel, le bâtiment intègre toutes les spécificités techniques et programmatiques exigées, notamment en matière de développement durable.
Le projet ne se contente pas d’ailleurs d’y répondre techniquement, il en a fait une véritable esthétique.
Deux éléments majeurs sont directement conçus pour « mettre en scène » cette dimension engagée pour la préservation des ressources et du vivant de la planète.
L’enveloppe du bâtiment est le premier de ces éléments. Elle est constituée d’une matière brute, pérenne, autopatinable et sans entretien dont le vieillissement est comme pour le bon vin, un anoblissement (2). De manière générale, le projet privilégiera les matériaux naturels utilisables esthétiquement dans leur aspect brut ainsi que le béton de site pour le gros-œuvre.
Le paysage en est le second élément (3).
Toutes les ambitions du programme en matière de hautes performances énergétiques ont été suivies.
L’isolation, les vitrages et les menuiseries sont très performants. Les menuiseries des façades sud sont équipées de stores pour gérer la surchauffe et n’affectent que peu le facteur de lumière du jour. La ventilation est à double flux pour récupérer l’énergie de l’air évacuée avant rejet. Aujourd’hui, certaines machines, notamment scandinaves,
récupèrent plus de 80% de cette énergie. Le choix des équipements électriques s’attachera à leur frugalité.
En faveur de la quadruple exposition de la médiathèque, une stratégie de ventilation naturelle par balayage pourra être envisagé plusieurs mois par an.
Le principe de la forte inertie thermique générée par une isolation extérieure pourra être également exploité pour le confort d’été dans proportions qui pourront êtres précisées par des études thermodynamiques. Ces mêmes études pourront déterminer s’il sera plus économe de chauffer intégralement le bâtiment ou partiellement (par zones) en fonction des utilisations intermittentes de la grande salle.
Les CTA pourront êtres raccordées à un puit canadien (5). Il s’agit de tempérer
l’air par l’énergie de la terre avant de le pulser dans le bâtiment. Un puit canadien bien conçu, offre de l’air jusqu’à 6° plus chaud que la température extérieure en hiver et 8° plus frais en été. Couplé à la ventilation double flux, le bâtiment est naturellement climatisé l’été et l’hiver, l’apport calorifique nécessaire au confort des utilisateurs est minime compte tenu du haut degré d’isolation des parois et de la récupération des calories de l’air évacué.
La gestion de l’eau sera soignée. L’essentiel des surfaces minérales comme les allées, les voiries légères comme lourdes et les parkings sont perméables (3).
(1) Cet édifice puise dans l’histoire de l’architecture et en utilise l’essence. Sa topologie est très proche d’un topique classique de château ponctué en ses angles de tours.
Mais il ne cherche pas à dissimuler son caractère contemporain.
Le sentiment d’une filiation avec l’histoire est là, comme génétiquement inscrit, mais il demeure des singularités qui frisent l’étrangeté voire, la fantasmagorie.
Ainsi les tours du château sont comme taillées dans la masse. Leurs faces ne sont pas toutes équarries et donne la sensation que l’édifice est sculpté en un minimum de gestes pour exprimer la force de l’essentiel.
(2) Sa matérialité, contrairement à l’architecture classique, est allégée par un jeu de masses, de transparences et de claires-voies.
Le résultat est un édifice monumental quasi indatable et parfois immatériel dont l’atemporalité est définitivement inscrite dans sa matière autopatiné et pérenne, un métal, un bois ou une terre cuite ( les trois solutions sont adaptées y compris économiquement mais le choix n’est pas arrêté). Ce bâtiment enraciné dans un site maintenu à l’état quasi sauvage, pourrait avoir vingt ans comme plusieurs siècles.
(3) Permettre une fonctionnalité écologique
La fonctionnalité écologique du projet qui favorisera le développement d’une biodiversité faunistique et floristique, est optimisée ainsi : mise en place d’une palette végétale « autochtone », création d’ « une douve » humide pouvant accueillir un large spectre d’espèces hélophytes originales (roseaux, lèche des marais, épilobe…), alternance d’espaces ouverts et de lisières buissonnantes, plantation d’une prairie composée d’une mélange graminéen et de vivaces fleuries.
Les plantations suivent un plan simple. Par souci écologique et économique, les végétaux plantés sont des jeunes plants, issus de techniques de pépinière forestière.
La terre végétale est décapée, puis stockée et conservée en motte au démarrage du chantier. Il n’y aura aucun apport de terre végétale complémentaire. Avant le renappage, elle est amendée et engraissée si nécessaire.
Ce parti pris trouve sa prolongation dans un type de gestion extensive à mi-chemin entre la gestion « espaces-verts » et la gestion des milieux semi-naturels.
Favoriser une gestion extensive de l’espace paysagé
Le projet développé, s’il utilise un large spectre d’espèces, suit une composition simple et répétitive. Les espaces construits (bâtiments, stationnement) sont concentrés et compacts, pour éviter une « consommation » de tout l’espace de la parcelle. Les espaces libres ne sont pas morcelés, et sont étendus depuis le pied du bâtiment jusqu’aux limites de la parcelle.
Cette organisation permettra de développer un mode de gestion extensive des espaces libres et plantés.
La prairie, ensemencée à la fin des travaux, ne nécessitera que quelques fauches annuelles par bandes intermittentes (6 par an maximum), pour être maintenue assez rase et praticable tout en préservant l’écosystème. La gestion extensive permet le développement complet des essences à fleurs, qui ne seront fauchées qu’après leur période de floraison. Leur renouvellement se fait ainsi naturellement.
Colonisés par des espèces indigènes, aucun arrosage ne sera nécessaire, si ce ne sont les arrosages de reprise, éventuellement effectués manuellement au cours des deux années suivant la plantation. La plantation effectuée aux périodes propices (octobre) est le meilleur garant d’une reprise efficace des plantations.
Favoriser l’usage de sols naturels et perméables
Les sols minéraux qui constituent les allées, les voies de circulation et les aires de stationnement sont des sols naturels (enrobé éco-végétal, matériau de recyclage, pavage béton à joints perméables et sols sableux stabilisés). Leur qualité permet de diminuer la quantité de surface imperméabilisée sur le site, et de limiter les ouvrages de génie civil nécessaires à l’assainissement de la parcelle.
(4) Les schémas « empreinte écologique » de la première planche démontrent la nécessité de superposer les fonctions pour limiter l’emprise du bâtiment sur le territoire. Cette compacité est favorable également à la performance thermique puisqu’elle limite les surfaces en contact avec l’atmosphère. Le projet présente donc deux niveaux publics de référence. Un bas qui correspond exclusivement à la salle de spectacle et un haut qui correspond exclusivement à la médiathèque. Les niveaux intermédiaires sont réservés au personnel et sont reliés de manière parfaitement fluide par des ascenseurs.
(5) Option puit canadien
Possibilité de raccorder les CTA sur un puit canadien, 1 200 mm, enfoui dans le sol, arase supérieure à 2,00 m de profondeur, longueur 30 m minimum. Les températures attendues en sortie de puits sont 6°C en hiver pour -5°C extérieur et de 24°C en été pour 32°C extérieur.
Le fait de cumuler et le puits canadien et la récupération de calories sur l’air extrait l’hiver garantit des consommations très faibles.
En été, un bipasse sur l’air extrait sera prévu, autorisant un soufflage à 24°C pour 32°C extérieur et permettant ainsi un rafraîchissement peu énergivore et sans climatisation des espaces.
Ce rafraîchissement totalement maîtrisé écrêtera les surchauffes exceptionnelles et ponctuelles que les dispositifs passifs et de free-cooling ne peuvent palier.
- Type: culturel_ spectacles
- État: concours
- Année: 2008
- Ville: Isbergues
- Client: Ville d'Isbergues
- Superficie: 3 500 m2 shon
- Budget: 6 800 000 €uros (H.T. travaux)
- Équipe: k-architectures (Karine Herman et Jérôme Sigwalt architectes associés, Sébastien Fiore architectes chef de projet, Guillaume Martinez, assistant), études techniques: Changement à vue, scénographie - Altia, acoustique - Fabrice Bourgon, économie - TransFaire, génie environnemental - Bethac, Equipements techniques - Batiserf, génie civil
- Prestation: Mission base complète MOP + EXE partiel, paysage et signalétique





















